« Série 1922 » et « Modèle 22 » (1922-1926)

Engagés au sein de la Maison SELMER, Paul et Henri Lefèvre (1905), puis Maurice (fin 1907), sont chargés de la production des instruments.

Après la guerre, Henri Lefèvre adapte au saxophone de nouveaux procédés de fabrication. Il systématise l’étirage des cheminées auparavant soudées sur le corps de l’instrument. Cette nouvelle technique simplifie la fabrication, élimine les problèmes d’étanchéité des soudures et autorise une meilleure standardisation de la fabrication.

Le premier saxophone de grande série fabriqué par la Maison SELMER est un alto, le « Série 1922 », présenté officiellement le 31 décembre 1921, alors que le saxophone est déjà très en vogue aux États-Unis. D’une construction rationalisée et plus fiable, le « Série 1922 » relayé par le « Modèle 22 » présente des innovations techniques par rapport aux factures traditionnelles. L’alternative de la clé d’octave automatique est déjà proposée sur ce modèle.

Encouragée par le chaleureux accueil que reçoit ce saxophone, la société Henri SELMER Paris décide de mener à bien la fabrication du soprano si♭ droit, du soprano courbe, du soprano en ut et des saxophones ténor en si♭ et en ut, ce dernier étant plus connu sous le nom de « C Melody ». Peu après, l’ensemble de la famille est proposé. Le « C Melody » est particulièrement apprécié des musiciens de jazz dans le courant des années 1920. Sa tonalité évite la transposition et en fait ainsi un partenaire de prédilection du piano. Mais, même s’il est agréable à écouter et plus facile à jouer pour les débutants, il a du mal à trouver sa place. Coleman Hawkins commença sa carrière avec le « C Melody », mais le plus grand virtuose de ce saxophone reste sans conteste Frankie Trumbauer (1901-1956) dont Benny Carter, lui-même, prétendait qu’il n’avait jamais eu sa facilité. Aujourd’hui encore, le solo qu’il interprète sur le thème Singing The Blues avec Bix Beiderbecke est souvent repris note à note dans son intégralité.

 

« Modèle 26 » et « Super Sax Selmer » (1926-1935)

La décennie 1926-1936 est déterminante dans l’évolution des saxophones SELMER. En effet, leur renommée s’étend désormais à un niveau international, tandis que les instruments bénéficient de constantes améliorations. En 1929, Selmer fait l’acquisition de la société Adolphe Sax & Cie dont les ateliers sont situés 84, rue Myrha à Paris, dans le dix-huitième arrondissement. Paradoxalement, cette acquisition (qui désigne Henri SELMER Paris comme légataire universel du génial inventeur) lui permet de se lancer dans la fabrication des cuivres, une des grandes spécialités de Adolphe SAX à l’époque.

La fabrication du « Modèle 26 », griffé du nouveau logo Selmer (marque déposée), s’échelonne de 1926 à 1928. Sur ce modèle apparaît un nouvel écusson de bocal et une nouvelle forme de clé de bocal, qualifiée de forme « wishbone ». Quelques modèles nommés « Modèle 28 » ont existé aux côtés de modèles sortis la même année qui, eux, ne portaient pas de nom, comme ce sera le cas jusqu’en 1931. En 1929, sort un alto dont la perce est plus grande, et que les Américains nommeront New large bore.

Durant cette période, il est difficile d’établir une datation exacte des modèles du fait de l’utilisation mixte de corps et de pavillons de modèles différents. De même, deux instruments du même modèle pouvaient comporter des clés et même des mécanismes sensiblement différents, selon les demandes des musiciens.

À partir de 1931, certains saxophones seront marqués d’un triple « S » (Super Sax Selmer) Ils ne correspondent pas à une seule nouvelle série mais s’échelonnent en fait sur plusieurs modèles :

  • Le modèle surnommé Cigar Cutter par les Américains (1931 à 1934) à cause de sa clé d’octave en forme de coupe-cigare, se caractérise aussi par sa garde en forme de V et le tenon de serrage de bocal en maillechort, plus épais et taillé dans la masse.
  • Le « Radio Improved » (1934-1935), mis au point pour les prises de son radio et les enregistrements de disques, existe en très peu d’exemplaires.

Les évolutions successives sur ces différents modèles permettent à la Maison SELMER de progresser en justesse et en ergonomie et de se démarquer de la concurrence. Ce processus de différenciation aboutira à un modèle révolutionnaire : le « Balanced Action »

 

« Balanced Action », la révolution (1936-1947)

Le « Balanced Action » pose les bases du saxophone moderne et la plupart des évolutions apportées à cette époque seront conservées jusqu’aux modèles actuels. Le clétage est entièrement redessiné. Les si et si♭ graves basculent à droite du pavillon, permettant un fonctionnement plus facile du clétage. L’équilibre de fonctionnement du clétage et la bonne répartition des masses sont à l’origine de la dénomination « Balanced Action ». C’est sur ce modèle que Coleman Hawkins choisira de jouer à la fin des années 30.

En fait, avec ce saxophone, on revient à l’esprit initial de l’esthétique sonore SELMER: la perce est plus grosse et le pavillon de plus grand diamètre. Cette évolution permet ainsi à Selmer de se positionner face aux saxophones américains de l’époque.

Côté design, le Ténor « Balanced Action » se caractérise par des gardes si et si ♭ graves distinctes, des groupes de spatule (petit doigt main gauche - petit doigt main droite) de forme nouvelle, plus ergonomiques. Le « Balanced Action » existe en deux versions, avec pavillon long ou court. L’instrument disposant du pavillon long est plus juste, mais plus exigeant en termes d’émission. Le pavillon court est préféré pour sa plus grande facilité d’émission mais peut présenter, en revanche, des graves un peu haut. Une évolution importante, l’option du fa# aigu, proposée pour la première fois, étend la tessiture de l’instrument. À noter aussi l’asymétrie du support de la clé de bocal, adaptée à la position de jeu de côté, privilégiée à l’époque.

Durant la Seconde guerre mondiale, la fabrication se heurte à des problèmes d’approvisionnement en matières premières, notamment pour le laiton et la nacre. Une carence qui explique que beaucoup de « Balanced Action » furent équipés de bakélite noire en lieu et place des traditionnels boutons de nacre. De la même façon, et plus particulièrement durant la période 1942-1945, il existera des « Balanced Action » à numérotations différentes sur le corps et sur le pavillon, du fait d’un décalage dans les stocks pendant la guerre (dans ce cas, le numéro réel est plutôt celui du pavillon).

 

« Super Action », la transition vers le « Mark VI » (1948-1953)

Ce saxophone, connu aussi sous le nom de « Super Balanced », est en quelque sorte un instrument de transition entre le « Balanced Action » et le « Mark VI ».

Par rapport au «Balanced Action», la culasse est désormais démontable, ce qui autorise une maintenance beaucoup plus aisée. L’emboîtement corps-culasse se fait à l’aide d’une virole maintenue par deux vis, le pavillon restant soudé.

La principale évolution porte sur le clétage décalé main droite/main gauche dont l’ergonomie favorise un meilleur confort de jeu.

 

« Mark VI », la légende (1954-1973)

tenor mark VISixième modèle depuis le lancement du premier saxophone en 1922, ce rang lui donnera son nom. La mention « Mark VI » peut être localisée à plusieurs endroits sur le saxophone, notamment sur la virole mais aussi sur le pavillon ou même sur le corps de l’instrument. Le « Mark VI » célèbre le 50e anniversaire de la Médaille d’or remportée en 1904 à l’occasion de l’Exposition de Saint-Louis dans le Missouri. Dès 1951, Marcel Mule va se passionner pour la création et la mise au point du nouveau saxophone Selmer.

La production du « Mark VI », véritable instrument de légende, s’étend sur une vingtaine d’années. Il se différencie notamment par le nouveau design de la spatule de clé d’octave et des supports pouce main gauche et main droite en plastique. Par rapport au « Balanced Action », on revient à une perce plus petite procurant une souplesse de jeu accrue tout en conservant une bonne projection. La flexibilité de cet instrument séduira rapidement tous les saxophonistes quel Mark VI - bocalque soit leur répertoire. Le clétage apporte un confort de jeu exceptionnel en supprimant beaucoup de contraintes. Sur la nouvelle clé de bocal, le « S » de Selmer est maintenant gravé sur fond bleu. Pour la première fois, le « Mark VI » est équipé, en option, d’une clé dite d’harmonique servant à faciliter l’émission des suraigus.

L’instrument a été plébiscité dès sa sortie par les saxophonistes du monde entier. John Coltrane, Stan Getz ou encore Sonny Rollins ont contribué à en faire un instrument de légende.

Sous l’étiquette « Mark VI » est également apparu un alto descendant au la grave, une production limitée qui avait ses adeptes, tel Ornette Coleman.

 

« Mark VII », un pas vers la modernité (1974-1980)

Il faudra trois ans de mise au point pour tourner la page après vingt années de « Mark VI ». Michel Nouaux, soliste à la Garde Républicaine, participera à ce défi. Le « Mark VII » comporte des perfectionnements, parmi lesquels un nouveau mécanisme de clé d’octave et une distribution fonctionnelle du groupe de spatules petit doigt main gauche, permettant des passages plus souples sur l’ensemble du plateau. L’ensemble du clétage est plus large pour améliorer la prise en main de l’instrument. L’anneau corps/pavillon évolue vers un anneau à trois points d’ancrage. On note le retour au résonateur plastique.

C’est un instrument en phase avec son époque. Avec le « Mark VII », la Maison SELMER s’engage dans la recherche d’un son puissant, particulièrement riche en harmoniques aigus, correspondant aux besoins du moment et à l’avènement du rock et des musiques de variétés.

Seuls les saxophones alto et ténor voient le jour ; il n’y a pas eu de soprano ni de baryton « Mark VII », dont les prototypes engagés durant la période « Mark VII » serviront de base aux versions du « Super Action 80 »

 

« Super Action 80 », le second souffle (1981-1985)

Plus de trente ans se sont écoulés depuis la  sortie du Super Action. Entre temps, le Mark VI a vu le jour, suivi du Mark VI.

Changement de cap pour le « Super Action 80 » dont le clétage va être redéfini avec notamment des clés plus petites et plus ramassées que sur le « Mark VII », à la demande des musiciens. En fait, avec le « Super Action 80 », Selmer se rapproche de l’ergonomie du « Mark VI » tout en conservant les progrès acoustiques réalisés sur le « Mark VII ». Des modifications de cote du bocal et de la culasse, ainsi que le retour aux résonateurs métal permettent de retrouver un son plus timbré.