À 25 ans, le clarinettiste Joë Christophe enchaîne les premiers prix à de prestigieux concours. Régulièrement sollicité par des formations telles que l’Orchestre de Paris, l’Orchestre National de France ou l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, le jeune clarinettiste est également invité à se produire en soliste avec de nombreux ensembles, notamment le Munich Chamber Orchestra, le Munich Radio Orchestra, l’Orchestre Pasdeloup ou encore l’Orchestre de la Garde Républicaine.

En septembre 2019, c’est la consécration : il est lauréat du concours international de l’ARD à Munich. Le jeune clarinettiste remporte non seulement le Premier Prix, mais également 6 Prix spéciaux, parmi lesquels le Prix de l'Orchestre de chambre de Munich et le Prix pour la meilleure interprétation de la composition de commande (Three Pieces for Clarinet de Mark Simpson). Sa prestation a été largement applaudie dans le monde musical.

« Joë Christophe a été constamment musical, engageant et toujours pleinement impliqué dans sa performance. En tant que jury, je pense que l'attente la plus importante est que le candidat soit un musicien naturel. La meilleure expérience survient lorsque nous pouvons oublier l'instrument et simplement entendre une merveilleuse interprétation. C'est le genre de "magie" que Joë Christophe a su créer. C'est vraiment un grand musicien et je suis sûr qu'il aura une carrière longue et fructueuse. » - Eric Hoeprich, membre du jury 2019

Notons aussi que Joë est le quatrième clarinettiste de l’histoire du concours à gagner un Premier Prix, après Edmond Boulanger (1957), Franklin Cohen (1968) et Sebastian Manz (2008). Lorsque nous interrogeons Elisabeth Kozik (responsable de l'organisation du concours) sur cette particularité, celle-ci confie qu’il est rare d'avoir un premier prix car le jury attend du gagnant un niveau d'excellence absolue à travers les quatre tours. 

« Il est très difficile de garder une pleine concentration pendant 9 ou 10 jours épuisants. Peu de gens sont capables et ont la force (physique et mentale) de le faire. D’autre part, ayant quelques grands gagnants dans le passé, on a toujours tendance à les comparer avec les participants actuels. »

Eric Hoeprich nous parle également d’éventuels désaccords entre membres du jury. Ces derniers sont face à près de 60 excellents candidats au premier tour, et doivent en éliminer au moins la moitié au deuxième tour, avant de réduire ce nombre à 6, puis à 3. Le système de notation, basé sur des points, évite la discussion et reflète fidèlement l'opinion générale du jury, mais cela amène également tensions et déceptions. Pour que l'un des trois finalistes obtienne le premier prix, il faut qu’une majorité du jury le soutienne, comme ce fut le cas pour Joë Christophe en septembre.

Nous sommes allés interroger le principal intéressé pour avoir son retour sur l’expérience, quatre mois après le concours...

Que retenez-vous du concours ?

« J’ai eu la chance d’aller jusqu’au bout de cette compétition et j’en suis très honoré ! J’ai souhaité participer à ce concours car c’était pour moi une occasion formidable de se confronter au niveau international et d’en prendre conscience ; il a une telle réputation qu’il attire chaque année des musiciens très talentueux de tous les pays. 

Je me suis inscrit car je ne pouvais pas passer à côté d’une telle occasion (la prochaine édition en clarinette se déroulant en 2024) et j’ai été très heureux de faire partie des 58 sélectionnés ! Le programme à préparer fut très conséquent mais très bien choisi et dans tous les styles heureusement, car le concours commençant en septembre, cela impliquait de travailler pendant les beaux mois d’été et de faire quelques sacrifices... Mais sans regret, le concours de l’ARD offre des conditions vraiment extra à tous les candidats : des espaces de travail disponibles en permanence, une équipe administrative à l’écoute et adorable, une communication précise sur le déroulé du concours, des navettes pour les déplacements dans Munich, le logement et la nourriture défrayés à partir du second tour... Sans oublier la chance de jouer avec le Münchner Kammerorchester et le Münchner Rundfunkorchester si on arrive à franchir les étapes ! J’en garde un souvenir vraiment formidable. » 


Avez-vous un rituel avant et pendant les concours ?

« Les principaux ennemis dans un concours sont le stress et la fatigue ! Quand je participe à un événement aussi intense, j’essaye avant tout de bien dormir et de bien manger, ça parait simple mais c’est important... Le stress, le pic d’adrénaline, je ne pense pas qu’on puisse le contrôler totalement. J’essaye d’en utiliser le côté positif et d’écarter les pensées néfastes, en restant conscient de la chance que j’ai d’être sur scène, d’être écouté, et de toujours prendre plaisir à jouer ces pièces que j’ai travaillées pour en garder le meilleur souvenir, quel que soit le résultat final.» 


Vous jouez depuis bientôt quatre ans une clarinette Sib Privilège. Quelle est votre relation à votre instrument et à la marque ?

« J’ai commencé tout petit à apprendre la clarinette avec une Selmer (Artys !) mais plus tard, au moment de choisir une clarinette professionnelle, j’ai changé de marque. Pourtant il y a 3-4 ans, après avoir essayé les nouvelles clarinettes Selmer Privilège, j’ai immédiatement aimé leur son chaleureux, et particulièrement leur flexibilité. On peut les jouer avec un maximum de puissance sans en saturer le son, et jouer très doux tout en conservant le côté boisé. Et je pense qu’elles permettent une très large palette de timbres et de couleurs ; un vrai plaisir ! 

Autre atout dans cette fabrique, toute l’équipe qui y travaille est bien à l’écoute des musiciens et très amicale, il y règne un esprit familial ! »


Avez-vous des envies ou projets particuliers pour la suite de votre carrière ?

« Ce 1er Prix de l’ARD est une belle opportunité d’expérimenter la vie de soliste et un joli tremplin. J’ai la chance d’avoir de nombreuses propositions depuis et c’est un vrai plaisir pour moi d’aller à la rencontre de publics de tous horizons, faire de belles rencontres et partager ma passion. Je ne compte pas écarter pour autant mon envie de jouer en orchestre symphonique, la carrière de musicien d’orchestre est très riche en aventures et le répertoire magnifique. J’aurai aussi l’occasion de graver quelques œuvres, je l’avoue pour un plaisir assez personnel, mais qui intéresseront qui veut ! » 

 

Son premier disque, en sonate avec le pianiste Vincent Mussat, est prévu pour septembre 2020. À suivre !

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Crédit photo : Daniel Delang