La recherche de la sonorité


« Je pense que ce qui est très important, c'est d'avoir vraiment en tête ce qu'on recherche comme sonorité. Et ça passe aussi par avoir des références, beaucoup de références pour chercher ce qui nous plaît. Et donc moi, c'est en partie des saxophonistes qui ont été mes modèles, notamment en premier mes professeurs avec qui j'ai eu la chance de travailler. Et aussi j'ai eu une grande période quand j'étais en études où j'ai beaucoup écouté des anciens enregistrements, notamment Marcel Mule, Rudy Wiedoeft, qui ont des sonorités vraiment anciennes, typées presque vieillot. C'est quelque chose qui m'a beaucoup attirée. Et du coup, en réécoutant quelques enregistrements de ce que j'ai pu faire pendant mes études, je sentais parfois les influences que j'ai pu avoir par ces musiciens-là. Donc depuis, j'ai un peu aussi évolué en fonction de ça.

Et c'est aussi assez intéressant de voir justement l'évolution de la recherche de la sonorité pendant les études et en fonction des gens avec qui on travaille. Et par exemple, je suis partie aussi en Allemagne, j'ai travaillé avec Daniel Gauthier qui avait une esthétique vraiment différente de Claude Delangle avec qui j'ai travaillé au CNSM. Voilà, donc c'est assez intéressant de chercher un peu des références comme ça et après de faire son propre mélange et d'arriver à trouver sa sonorité.»
 

Arriver à prendre la parole


« En fonction aussi des différentes formations dans lesquelles je peux jouer, je vais aussi essayer d'adapter mon jeu, mon son... Je suis saxophoniste à l'Orchestre de la Garde Républicaine, et dans ce contexte-là, on va chercher vraiment un son de pupitre assez homogène, et on essaye aussi de se fondre dans l'orchestre. J'ai notamment remarqué que l'utilisation du vibrato est assez épurée. On ne va pas chacun se mettre à vibrer à notre manière. On essaye vraiment d'avoir quelque chose d'assez commun et qu'il n'y ait pas quelqu'un qui ressorte plus, à part lors des solos, évidemment. On va chercher vraiment une unité et arriver à se mélanger avec les autres instruments. Le pupitre de saxophone aussi apporte sa couleur à l'orchestre, mais ça reste dans un cadre. Il ne faut pas que ça ressorte non plus.

J'ai eu aussi la possibilité de travailler dans un quintette, donc quatuor de saxophones et piano, avec le quintette Alliage. Et dans ce contexte-là, on a fait beaucoup de transcriptions orchestrales, justement. Et pour le coup, là, il fallait remplir. Parce que le piano prend beaucoup de place, donc nous, même si on est saxophoniste, c'est un instrument assez puissant, mais il fallait arriver à prendre la parole et avoir un son d'orchestre à cinq musiciens. Et c'était assez intéressant aussi. Moi, ça m'a permis de peut-être développer un peu plus la puissance sonore, parce que j'avais peut-être tendance à avoir un son assez doux, de nature. Donc ça m'a aidée aussi à avoir quelque chose de plus engagé, disons, dans ma manière de jouer.

Et après, le quatuor de saxophones, c'est un peu pareil, c'est donc toujours de la musique de chambre, mais là, on va surtout... J'ai toujours été à l'alto dans ces formations, et donc il faut alterner entre ce côté très chambriste où on va se fondre avec les autres instruments, on va essayer d'avoir une homogénéité, et puis quand il s'agit de prendre sa parole, il faut arriver à se détacher, à avoir un son peut être un peu plus timbré, à développer plus sa sonorité. Ce sont des choses assez intéressantes à travailler.»


Avoir du corps


« Et puis il y a les musiques traditionnelles où j'ai pu travailler avec d'autres instruments. Dans le groupe Dumka, il y a trompette, tuba, clarinette, batterie et moi au saxophone. Et donc le premier défi pour moi, c'était d'arriver à prendre ma place et à vraiment avoir du corps pour arriver justement à travailler avec les cuivres qui sont assez puissants, il faut arriver à rivaliser avec eux. Mais en même temps, le saxophone a ce timbre ce brillant qui ressort aussi, qui va plutôt se fondre avec la clarinette qui, elle, a un son un peu plus doux mais dans cette musique traditionnelle, on a des caractères assez proches. Et c'est ça aussi qui va donner la diversité des sonorités dans cet ensemble. C'est assez intéressant justement de trouver à la fois une unité et la particularité de chaque instrument, c'est ce qui apporte un peu l'originalité du groupe.»


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